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VIP251 - La folie des banques centrales (quinquies)

By Bernard

Dans cette cinquième analyse de la folie des banques centrales, je me concentrerai exclusivement sur les décisions du gouverneur Tiff Macklem de la Banque du Canada, ce serviteur du peuple si compétent et si humble, né à Montréal et docteur en économie de l’université Western, de London, ON. Pour les journalistes et commentateurs qui disent que l’on ne devrait pas contester la compétence de la Banque du Canada et de son saint gouverneur, lisez bien cette analyse que je ne dis pas non biaisé, mais basée sur des faits.

Mercredi dernier, la Banque du Canada a continué dans sa folie d’essayer de diminuer l’inflation en augmentant le taux directeur de cinquante points. Le taux est ainsi passé à 3.75%, soit plus que la limite supérieure visée pour l’inflation, alors que l’inflation est elle-même à la baisse pour deux mois consécutifs. Il n’y a pas de lien, mais je pense que le résultat de cette hausse du taux directeur sera une nouvelle hausse de l’inflation en octobre. Ah! On verra dans trois semaines.

L’inflation et le taux directeur
Considérons maintenant l’évolution de l’actuelle inflation et la lente réaction de la Banque du Canada. L’inflation a dépassé la marge minimale d’un pour cent, telle que fixée par le Parlement, dès le mois de février 2021 et la marge supérieure de trois pour cent dès avril 2021. La baisse de l’inflation en juin 2021 est restée en haut de la limite supérieure et l’inflation s’est gonflée régulièrement depuis lors, poussée par les prix du pétrole et des transports. Les prix de l’alimentation ont ensuite suivi rapidement.

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Quant à notre généreux gouverneur de la Banque du Canada, sa première hausse du taux directeur est datée du 2 mars 2022, soit une année complète trop tard. On peut dire que le gouverneur de la Banque du Canada a failli pendant une année entière à son mandat déterminé par la politique monétaire adoptée par le Parlement, mettant ainsi en danger toute notre économie et notre niveau de vie.

L’inflation avait déjà dépassé les cinq pour cent dès janvier 2022 et dépassa les six pour cent en mars 2022, après la décision de la banque centrale d’augmenter le taux directeur d’un faible vingt-cinq points. La banque essaya de rattraper son retard en doublant, puis triplant les augmentations, mais seule la baisse des prix du pétrole après juin dernier a permis une trêve dans la hausse du taux d’inflation, laquelle devrait reprendre en ce mois d’octobre. Le dernier recours pour notre bienheureux gouverneur de la Banque du Canada est d’augmenter le taux de réserve des dépôts bancaires pour étouffer le marché financier et nous jeter dans une vraie dépression, laquelle fera disparaître l’inflation à la condition qu’on ne tombe pas en stagflation, comme il y a cinquante ans.

Les rapports trimestriels de la Banque du Canada sur la politique monétaire
Il est très intéressant de lire les rapports trimestriels de la Banque du Canada sur la politique monétaire. Pour simplifier mon analyse, j’ai choisi le rapport du 27 octobre 2021 dans lequel note honorable gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, se félicitait en personne devant la presse pour annoncer la fin du programme d’assouplissement quantitatif, après plus d’un an et demi et en diminution depuis octobre 2020.

Ce programme d’assouplissement quantitatif est ce qui s’appelait, au siècle dernier, les opérations sur le marché secondaire des obligations. Ce mécanisme permet au très diplomate gouverneur de la Banque du Canada d’acheter des obligations et de mettre plus de monnaie en circulation. Ensuite, les banques à charte et les caisses prêtent cet argent aux emprunteurs en multipliant la masse monétaire et augmentent ainsi les pressions à la hausse sur les prix. Dans le cas-ci, l’argent était passé par le trésor fédéral qui avait semé cet argent un peu partout par des programmes très généreux, même pour les fraudeurs.
Voir; https://www.eco99international.fr/book/cours-fr10-les-institutions-finan...<

Notre si généreux gouverneur de la Banque du Canada disait, en terme simple, que la Banque du Canada avait continué à « imprimer des billets », alors que l’inflation était passée au-dessus de la limite supérieure permise pour l’inflation depuis déjà sept mois. Il ajoutait qu’il allait maintenir la balloune soufflée pour les mois suivants, poussant encore l’inflation à la hausse. Pendant ce temps, notre premier ministre admettait que lui-même ne connaissait rien dans la politique monétaire et le futur chef de l’opposition disait qu’il fallait investir dans les bitcoins! Revenons au texte officiel.

« Ce programme aidait à rétablir le fonctionnement des marchés et à augmenter la détente monétaire. Cela signifie que nous n’augmenterons plus la taille de notre portefeuille d’obligations du gouvernement du Canada. Il faut cependant rappeler à la population que l’importante détente monétaire que nous avons injectée grâce à ce programme est maintenue. Nous allons simplement arrêter de l’augmenter. C’est ce que nous appelons la phase de réinvestissement. Durant cette phase, nous achèterons des obligations uniquement pour remplacer celles qui viennent à échéance, de manière que notre portefeuille global d’obligations du gouvernement du Canada reste assez stable au fil du temps.

« Nous prévoyons une croissance (nominale ou réelle, le texte ne le dit pas) annuelle de l’activité économique d’environ 5 % cette année, 4¼ % en 2022 et 3¾ % en 2023. Les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et les problèmes d’expédition devraient freiner la croissance et faire augmenter les prix au cours de 2022. Par rapport à nos prévisions de juillet, on s’attend donc à une croissance un peu plus faible au Canada et à ce que l’inflation redescende plus lentement. Les principales forces qui font monter les prix – cours plus élevés de l’énergie et goulots d’étranglement du côté de l’offre – semblent maintenant plus puissantes et persistantes qu’on le pensait. »

Noter la phrase que j’ai soulignée. Notre grand économiste gouverneur de la Banque du Canada reconnaît aussi que la croissance économique diminuera et que l’inflation se maintiendra plus longtemps. « Tiff, elle a augmenté et elle augmentera encore. »

Le communiqué de presse continue sur plusieurs pages dans lesquelles notre volubile gouverneur de la Banque du Canada parle de l’économie, de la COVID et des vaccins. Je reviens avec un de ses derniers paragraphes, sur l’inflation.

« Les perturbations persistantes de l’approvisionnement combinées aux pressions connexes sur les coûts, ainsi que les prix plus élevés de l’énergie, exercent des pressions à la hausse sur de nombreux prix partout dans le monde. Au Canada, l’inflation est actuellement d’environ 4½ %. Nous nous attendons maintenant à ce qu’elle atteigne près de 5 % à la fin de l’année, avant de redescendre pour s’établir autour de la cible de 2 % d’ici la fin de 2022. Autrement dit, nous continuons de nous attendre à une baisse graduelle de l’inflation, mais elle devrait rester plus élevée pendant plus longtemps que nous l’escomptions en juillet. »

Le texte du bienveillant gouverneur de la Banque du Canada continue longuement avec ses sentiments personnels sur les problèmes que causent l’inflation aux pauvres canadiens, promettant que la hausse des prix reviendra rapidement sous les deux pour cent.

La réalité
En octobre dernier, quant notre seul et unique gouverneur de la Banque du Canada se pavanait devant la presse avec ses certitudes et ses émotions, il était déjà dans les nuages. Lui-même disait que l’inflation flottait autour de quatre et demi pour cent, bien au-dessus de la limite supérieure permise par la politique monétaire, mais il flottait dans un rêve, disant que tout allait bien aller, comme notre célèbre docteur national de la santé publique.

Aujourd’hui, notre décidé gouverneur de la Banque du Canada continue d’augmenter son taux directeur, alors que l’inflation est principalement due aux prix du pétrole, poussée par la baisse de la production des pays de l’OPEP et leurs amis. Bien sûr, tout le monde suivra la Coupe du monde jouée au Qatar le mois prochain, oubliant que ce pays est un de ceux qui causent notre inflation et notre prochaine récession. Vive les jeux et merde à ces six cent ouvriers qui sont morts pour construire les installations sportives dans ce désert. J’ai des émotions, moi aussi, Tiff!

20221030