Professor Bernard's picture

UNE ANALYSE DE LA RELATION BANQUES ET CROISSANCE ECONOMIQUE EN RDC

By Bernard

Voici l’introduction de la thèse de mon ami Caleb Mukadi Bonyi, qui a terminé sa licence dans son pays et qui cherche une bourse pour continuer ses études à l’étranger.

1. PROBLEMATIQUE 
La croissance économique demeure d’actualité dans la littérature économique et dans les débats d’économistes, elle s’avère même être d’après R. Lucas et R.E Barro, l’un des phénomènes les plus passionnant de la science économique. En effet, tout pays aspire au bien-être et ce dernier n’est envisageable qu’avec la croissance économique. 
La théorie de la croissance est à ce jour très abondante, elle s’éclate en deux blocs : la théorie de la croissance dite exogène et celle dite endogène. Les deux tendances reconnaissent bien le rôle moteur du progrès technique dans la croissance économique. Les modèles traditionnels de la croissance économique ont ignoré le rôle du système financier  et plus particulièrement des banques dans la croissance économique, pour eux, le progrès technique qui est le moteur de la croissance économique est exogène. 
En partant de la théorie développée par les néoclassiques avec Solow en tête, la croissance économique est optimale et équilibrée. Il n’y a aucune justification pour la politique économique car le progrès technique qui en est le moteur est exogène et est considéré comme un « bien libre »1. Les modèles de croissance endogène quant à eux,  accordent aussi une grande importance au progrès technique, mais par contre, affirment qu’il est endogène et par conséquent, il a besoin d’être financé. C’est dans cette optique qu’intégrer les banques dans l’analyse de la croissance économique dévient possible et important pour financer l’innovation.
L’importance des banques dans le financement de l’innovation passe par le fait que les banques permettent une allocation d’une grande quantité d’épargne aux projets d’investissement. A en croire SCHUMPETER, « les banques constituent à la fois un mécanisme de sélection des innovations et un mode de contrôle des entreprises qui en sont à l'origine2 ». La littérature de la croissance endogène  soutien qu’un système financier et bancaire développé favorise la croissance économique. 
Par ailleurs, l’économie congolaise depuis près d’une décennie a renoncé aux années de décroissance et est, d’après les statistiques, en pleine  croissance économique (la croissance économique s’est située à 7,2% à fin 2012). Cette croissance devrait normalement être soutenue par le secteur privé3 de sorte que celui-ci en se développant et en produisant, puisse être à la base de la croissance et que celle-ci puisse être auto-entretenue et autodynamique, en vue de permettre une redistribution de la richesse produite au sein du système et que marchent ensemble croissance économique et niveau de vie.
Cependant, malgré cette performance économique de la dernière décennie, le niveau d’intermédiation financière est faible : le crédit est essentiellement informel, et le crédit bancaire formel au secteur privé représente moins de 3 % du PIB. Les services bancaires aux particuliers sont en général peu développés, et la plupart des banques agissent comme des agents financiers du gouvernement ou n’octroient des crédits qu’aux institutions internationales opérant dans le pays. 
Les banques commerciales étrangères dominent l’industrie bancaire congolaise ; Sur les 21 banques qui opèrent dans le pays, une seule appartient partiellement à l’Etat, et le reste relève totalement des capitaux privés4 ces banques évoluent presqu’en tant que pourvoyeurs de financements pour les secteurs des mines et du pétrole alors que ces secteurs qui sont d’une grande importance en terme de participation dans la croissance économique actuelle, n’ont presque pas d’effet d’entrainement pouvant permettre de rehausser le niveau de vie et garantir que la croissance soit auto-entretenue. Dans le système bancaire congolais près de  87 % des dépôts et 75 % des prêts sont détenus en devises étrangères et principalement en dollars US. 
L’accès aux services bancaires, tant pour les entrepreneurs que pour les particuliers, est très limité et est souvent réservé aux nantis. Le taux de pénétration bancaire de la RDC est l’un des plus faibles au monde, avec six comptes de dépôts seulement pour 1 000 adultes, les prêts bancaires aux particuliers représentent actuellement moins de 5 % de toutes les opérations de prêt des banques alors qu’en 2006, la moyenne des crédits accordés au secteur privé atteignait 12% du PIB contre 3% en RDC. Les entreprises qui n’ont pas accès facile au financement bancaire ne recourent qu’à leurs fonds propres ou quelques fois à la micro finance. En l’absence d’un marché des titres d’emprunt dans le pays, le marché des instruments à taux fixe est limité à l’émission des bons du Trésor émis par l’État avec des échéances allant jusqu’à 28 jours qui sont dématérialisés et négociés par l’intermédiaire des banques commerciales.  L'accès au marché primaire est limité aux banques commerciales détenant des comptes titres à la banque centrale et tous les investisseurs, y compris les investisseurs institutionnels et individuels, doivent soumettre des offres à travers des banques. 
Les banques commerciales, qui dominent la base d'investisseurs, peuvent également effectuer des négociations relatives aux bons du Trésor sur le marché secondaire, mais elles doivent afficher l'offre et demander des prix pour lesquels elles acceptent d’effectuer des transactions. Il n'existe pas de marché des produits dérivés dans le pays.
L’essentiel du système financier en RDC est donc constitué du secteur bancaire qui compte une vingtaine d’établissements agréés et opérationnels. Ses actifs s’élèvent à près de 2.64 milliards USD. Le pays est toutefois encore en état de sous-bancarisation avec environs 650 000 comptes la plupart en USD.  Le financement de l’économie reste structurellement concentré sur le court terme : 75.5 % des crédits décaissés sont à court terme et les dépôts en monnaie nationale se font à 99 % à court terme. En effet, le contexte politique, les faiblesses de l’appareil judiciaire et l’environnement des affaires de façon générale n’encouragent pas les banques à octroyer des prêts à long terme bien que le pays en ait besoin pour rajeunir son appareil de production. En outre, ces crédits sont majoritairement basés sur des contrats libellés en monnaie étrangères, ce qui renforce la faible confiance des opérateurs économiques dans la monnaie nationale. Les possibilités de financement de gros projets par les banques sont limitées au vue de la comparaison du niveau des fonds propres (en moyenne 12 millions USD par banque) avec les dépôts à vue en devises étrangères qui représentent en moyenne 70.3 % des
engagements. Ce bref aperçu suscite quelques questions :

  1. Quelle est la contribution des banques à la   croissance économique en RDC ?
  2. Le système bancaire congolais est-il susceptible de garantir une croissance auto-entretenue et au sens de la théorie de la croissance endogène?

2  HYPOTHESES DU TRAVAIL
En vue de répondre aux questions soulevées ci-haut, nous émettons les hypothèses suivantes et ce travail est appelé à les tester: 
1. Les banques ont contribué faiblement à la croissance économique de la décennie passée en RDC.
2. Le système bancaire  congolais est déficient et ne garantit pas  une croissance auto-entretenue au sens de la croissance endogène.

3 CANEVAS DU TRAVAIL
Hormis l’introduction et la conclusion, le présent travail est constitué de quatre  chapitres ; le premier chapitre consiste en une revue de la littérature sur les banques et la croissance économique au travers du crédit bancaire ; le deuxième chapitre fait une analyse empirique de la relation qui existe ailleurs et celle qui a existé entre la finance bancaire et la croissance économique en RDC ; le troisième chapitre quant à lui s’intéresse aux conditions et aux déterminants de la rentabilité des banques dans l’économie congolaise, en fin le quatrième chapitre analyse le canal du crédit bancaire en RDC comme principale voie de la transmission « financement bancaire - croissance économique » .

20131115