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Les programmes de sécurité sociale

By Bernard

Voici une lettre envoyée au ministre fédéral dans le cadre de sa consultation

Magog, le 8 décembre 1994

Honorable Lloyd Axworthy
Ministre du Développement des ressources humaines
220, avenue Laurier Ouest, bureau 1650
Ottawa  K1P 9Z9

Honorable ministre

J'ai pris connaissance de votre document "Qu'en dites-vous?" et je pense que plusieurs choses peuvent être faites pour améliorer le développement des ressources humaines au Québec et au Canada (en attendant l'indépendance), particulièrement dans les programmes de sécurité sociale.

Je note d'abord que le total des dépenses de votre gouvernement au titre des programmes de sécurité sociale s'élèverait à $38.7 milliards en 1994-1995, ce qui est inférieur aux déboursés de votre gouvernement pour payer les intérêts de la dette fédérale durant la même période.  Lorsque votre gouvernement paie ses intérêts, il verse des sommes importantes à un très petit nombre de gens riches, souvent étrangers, qui peuvent très bien vivre sans cela, alors que les prestations sociales sont versées en petite somme à un très grand nombre de canadiens et québécois qui en ont de besoin.  Avant de couper dans les programmes sociaux, il faudrait peut-être chercher à faire baisser les taux d'intérêt pour diminuer les dépenses de votre gouvernement au titre de la dette publique et, en même temps, favoriser les investisseurs qui créent les emplois qui manquent aux personnes qui doivent recourir à la sécurité sociale.

Je note aussi que le principal poste des dépenses consacrées à l'emploi est celui des prestations d'assurance-chômage.  Votre gouvernement pourrait peut-être changer la vocation de ce programme en l'appelant l'assurance-réemploi et viser à rendre les chômeurs plus employables, notamment les chômeurs saisonniers.  De plus, vous savez que les emplois ne poussent pas dans les choux;  alors, il faudrait que votre gouvernement simplifie la vie des entrepreneurs en diminuant la bureaucratie gouvernementale qui occupe l'entrepreneur de longues heures sans rien lui apporter de positif pour son entreprise.  Les créateurs d'emplois devraient devenir les rois des services gouvernementaux de l'emploi (biffons partout et oublions le mot chômage) et les fonctionnaires gouvernementaux devraient devenir les serviteurs, sinon les esclaves, de ces rois de l'emploi, et non le contraire.

Finalement, je veux ajouter un mot sur la formation, qui est mon métier.  Vous voulez rendre l'éducation plus accessible et en même temps, vous proposez de doubler les frais de scolarité: c'est un non-sens.  L'éducation supérieure de premier niveau (cégep ou baccalauréat) est aujourd'hui essentielle pour tous les jeunes et les moins jeunes: qu'elle soit donc accessible gratuitement ou à des frais minimes en tant que formation universellement requise.  Votre gouvernement verra ainsi ses dépenses sociales baisser dès les prochaines années si le taux de scolarisation augmente suffisamment: qui s'instruit enrichit le gouvernement!

Je conclus cette trop longue lettre en suggérant à votre gouvernement un pari: remettre au travail dix pourcent de la population qui ne travaille pas actuellement (chômeurs, assistés et inactifs) d'ici trois ans par une politique de plein emploi. Comment?  En laissant tomber le dollar canadien, en baissant les taux d'intérêt et en aidant (ou en contrôlant) davantage les banques de façon à ce qu'elles prêtent aux entrepreneurs les sommes immenses qui dorment dans leurs coffres et qu'elles font fructifier à l'étranger pour y créer, là-bas, les emplois qui nous manquent.

Nous avons les ressources humaines: il nous manque les ressources financières utilisées contre nous, à l'avantage des gens les plus riches de la terre, qui nous contrôlent comme des marionnettes.

Bien à vous,

20141203